10 nov. 2005
Folioscopes et spelling bees
Lundi soir, les népalais se sont mêlés à l’intelligentsia cinéphile washingtonienne. Contre une obole ridicule à The Washington DC Film Society, Anne-Laure et Vincent ont reçu quatre t-shirts promotionnels, une casquette qui l’est tout autant, le CD de la BO de Saw II (à tous les coups la suite de Saw), des affiches de film à foison, un DVD de Woody Allen (Melinda and Melinda), des sous-bocks à l’effigie des héros de « The Corpse Bride », un folioscope du même film, et on en passe et des trucs plus sympas, plus inutiles et surtout, plus encombrants.
- « Mais y’sont cons eux ! Y reçoivent plein de trucs à moitié gratos et y se plaignent encore ! »
Ouais, attendez un peu avant de critiquer. Parce qu’en plus de tous les machins qu’il a fallu se trimballer jusqu’à la salle de projection, le népalais traînait son manteau d’hiver totalement inutile vus les 75° ambiants dans le cinoche, le manteau d’hiver de sa femme également superflu (remarquez l’absence de e à la fin de superflu, c’est bien du manteau dont il s’agit), un carnet de notes, un trousse d’écolier, un bouquin payé par sa belle-mère, deux critériums (ou critéria si c’est aussi neutre que templum, templum, templum, templi, templo, templo, templa) et l’édition américaine des Harper, Collins et Robert réunis (7e édition non abrégée, 2700 pages, 3,2 kilos). Et pourquoi qu’il traînait tout ça avec lui en centre ville de D.C. le népalouse ? Parce que nous étions lundi 19h00 et qu’il revenait donc de son cours à Georgetown pardi !
Arrivé en centre ville de la capitale du pays le plus mieux du monde vers 17h30, le népalais aurait eu tout le temps d’aller se sustenter au premier marchand de burgers venus s’il n’avait pas été d’abord à la recherche… d’une gomme. Vouloir acheter une gomme en centre ville de DC, c’est comme vouloir s’acheter Playboy à Téhéran. En Iran, au mieux t’auras une photo des années 30 revendues sous le manteau où l’on peut apercevoir un bout de mollet d’une fille voilée. Aux USA, au mieux, t’achèteras un critérium, critéri, critéria parce qu’il y a un petit truc rose de 3 millimètres au bout. Si vous avez lu attentivement les messages postés ici par Raymond, tout d’abord, nous vous félicitions (parce que c’est vrai, vous n’allez pas le nier : vous ne faites pas toujours dans le concis, Raymond. Ce n’est pas un reproche, c’est juste un constat.) et ensuite, vous vous rappelez certainement que vers 17h00, Pennsylvania Avenue et les rues adjacentes se transforment en lieu de défilé pour costards-cravates et petits tailleurs. Des milliers de travailleurs, pour la plupart fonctionnaires, s’en reviennent du boulot et passent à vos côtés sans même un regard, tout occupés qu’ils sont à vouloir cesser la comédie et retrouver leurs chaussons en mohair à $300 la paire. Toute la journée, ces gens-là réfléchissent, frappent sur leur clavier, font des photocopies, envoient des mails, discutent, échangent, prennent des notes avec des crayons de papier, consomment des tonnes de fournitures de bureau, participent à hauteur de 95% à la déforestation mondiale et bien, vous n’allez pas nous croire mais y’a pas un mec qui a été foutu d’ouvrir un magasin de gommes pour faire fortune dans le quartier. IMPOSSIBLE de trouver une putain de gomme ! Résultat, critérium dans une carterie et hamburger avalé à la va-vite avant d’aller retrouver Anne-Laure devant le cinéma. Quel pays de merde !
Mais pourquoi le népalais traînait le manteau d’hiver de son épouse dans le premier paragraphe 573 mots plus hauts ? Arrivée en centre ville de la capitale la plus policée du monde vers 18h30, la népalaide n’avait pas eu le temps d’avaler ne serait-ce qu’un hamburger à la va-vite. Faut dire que la pauvre débutait une semaine éprouvante. Mercredi, c’était le jour de la grande présentation devant le parterre du tout ce qui se fait de mieux en matière de microbiologie au Naval Medical Center de Bethesda. Inutile de s’attarder sur la pression qui s’exerçait sur les charmantes épaules de notre petit française (petit mais costaude). Puisque nous sommes aujourd’hui jeudi et que l’épreuve est terminée, nous pouvons vous rassurer. Cela s’est extrêmement bien passé. La belle s’est vue féliciter par la totalité de son laboratoire, le patron en tête. Tout le département est venu lui serrer la paluche en la congratulant à la fois pour l’excellence de son exposé et pour la qualité de son travail. Moi je vous dis, cette fille finira prix Nobel.
Tout ça pour vous dire, qu’elle avait un petit creux tenace dans la queue du cinéma (c’est le lieux où elle attendait pas l’endroit où elle avait un petit creux, ne faites pas semblant de ne rien comprendre) et que le galant népalais ayant refusé de bouger son gros séant de chômeur de moyenne durée, elle dut aller elle-même acheter son pop-corn et son soda.
Faites le compte : tous les gadgets du premier paragraphe, plus un pop-corn « medium », c’est-à-dire un sachet de 900cm², plus un soda, il ne restait plus beaucoup de mains libres pour faire voir le billet au contrôleur.
Dans la salle, les népalais furent accueillis par deux critiques washingtoniens. A voir le gabarit des deux messieurs, la profession tend à faire prendre du poids. A raison de deux séances par jour avec autant de pop-corn et de soda, on a vite fait de ressembler au bibendum bibendi bidenda Michelin. L’embonpoint des cinéphiles professionnels allait de paire avec leur humour bon enfant. La présentation de la soirée fut donc amusante à souhait et lorsque la lumière s’enfuit et ne fut plus, la salle était suffisant détendue pour apprécier les 35 bandes annonces qui l’attendaient.
La soirée relatée s’est passée il y a maintenant quatre jours. Voici ce qu’il en reste chez les népalais :
Fun with Dick & Jane :
c’est le truc qu’a l’air nul avec Jim Carrey
King Kong :
ça chie sa race, Jackson va encore tout péter
Rent :
ça à l’air con à souhait cette comédie musicale !
Underworld : Evolution :
c’est le truc des mecs qui ont fait Matrix, c’est ça ?
Ballets Russes :
c’est le documentaire qu’a l’air de ressembler à tous les autres documentaires américains
Casanova :
ben, c’est le réalisateur de Chocolat alors, forcément, ça donne pas envie d’aller voir, hein ?
Derailed :
Il est beau Clive Owen, hein ? Ouais, je préfère Jennifer Aniston.
Rumor has it :
Il est beau Kevin Costner hein ? Ouais, je préfère Jennifer Aniston.
Syriana :
- C’est Traffic au moyen-orient ?
- Ouais, si tu veux. Mais si tu vas par là la Liste de Shindler c’est Jurassic Park en Allemagne.
Walk the line :
C’est le truc sur Johnny Cash avec Joaquim (prononcez Ioaquim) Phoenix
Annapolis:
C’est le film sur la Navy.
Glory Road :
C’est le film sur l’équipe de basket
Just Friends :
C’est le film avec le mec qui était gros et qui ne l’est plus
Pulse :
C’est le film japonais qui fait super peur
The Ringer :
C’est le film où le type fait du sport avec des handicapés
Bee Season :
C’est le truc qu’a l’air super concon sur les spelling bees
Freedomland :
C’est le thriller avec Samuel L. Jackson et Julianne (prononcez Djoulian) Moore.
Jarhead :
C’est le truc sur la guerre en Irak
Memoirs of a Geisha :
Mais, au fait, c’est pas Spielberg qui le réalise alors ?
Chicken Little :
Ouais, ben c’est bon, on connaît
Chronicles of Namia :
Oh ! Le saigneur des agneaux de Disney !
Curious George :
I’m not curious, sorry.
Eight Below :
- C’est beau un husky, non ?
- Non.
Harry Potter and the Goblety of Fire :
On s’en fout, on a déjà nos places.
The Family stone :
C’est le truc avec Diane Keaton et la fille qui joue dans Sex and the city
The Ice Harvest :
C’est le truc avec John Cusak
The Matador :
C’est dans celui-là que Pierce Brosnan joue un kéké ?
Match Point :
C’est dingue, ça à l’air super et en plus, on savait même pas que c’est un Woody Allen.
The New World :
C’est Pocahontas par Mallick.
Pride & Prejudice :
- C’est le Jane Austen.
- Ch'ai pas, je ne connais que Steve Austin.
Sarah Silverman: Jesus is Magic :
C’est le film sur le Sida et l’holocauste mais drôle tout de même
Transamerica :
Ben, c’est le film sur les transsexuels avec la blonde de Desperate Housewives
V for Vendetta :
C’est le film sur la BD éponyme
Et les deux derniers ?
Je sais pas, je ne m’en souviens plus.
Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.
Ah ! Pardon ! Nous allions oublier. Un folioscope, c’est un carnet qui se transforme en dessin animé lorsqu’on l’effeuille suffisamment rapidement. Et le Spelling Bee, c’est un concours d’orthographe où tous les premiers de la classe des écoles primaires des Etats-Unis viennent faire plaisir à leurs parents et se faire mousser devant les caméras de TV (c’est très très populaire ici).
Et puis, la grande nouvelle de la semaine, c’est que le népalais va être témoin ! Félicitations aux fiancés !
Et puis, l’autre grande nouvelle, c’est qu’Anne-Laure est une killeuse et que personne dans son labo, n’a jamais vu une fille aussi intelligente.
Ce ne sont pas de bonnes nouvelles, ça ?
Commentaires
Petite haine entre ami
Voilà depuis le temps que je le dit, certes le nep et moi on se hait cordialement (on a bien trop de choses en commun qu'on veut pas partager) mais là vous avez tous la preuve ce type est complétement fou! Suis je donc le seul à voir la réalité?
Les critéria?!!!!?!
Quel phénomène !
Euh... je n'ai jamais fait ni de latin ni de grec, à ma grande honte et à mon grand regret (je suis un cas type d'erreur d'orientation : à l'époque, on était triés dès la classe de 6ème et c'était irrévocable, et on m'a mise dans la filière scientifique - appelée "moderne" - mes parents trouvaient que ça faisait plus sérieux que "classique". Bonjour les problèmes pendant 7 ans pour quelqu'un qui était allergique aux maths et à la physique, et 7 ans plus tard en Hypokhâgne et en linguistique !). Brèfle, mais j'ai fait un p'tit peu d'anglais : je sais donc que "critère" est un mot d'origine GRECQUE et non latine, non ? Car en anglais, les noms d'origine grecque gardent leur SINGULIER et leur PLURIEL d'origine : criterion / criteria, phenomenon / phenomena.
Criterium, criteria.
J'ai fait du latin et du grec.
Le mot utlisé par Vincent est bien le mot latin, qui est d'ailleurs absent des dictionnaires français avec le sens utilisé par le népalais. Encore un nom propre - marque ?- devenu nom commun ? Le pluriel des mots latins est pour le moins aléatoire, chorum donnera chorums, mais minimum peut donner minimums ou minima, nos fameux minima sociaux par exemple.
Peu de logique, et le droit incompressible à la licence poétique.
Lobo valide les criteria.
Le nép est grand. Vive le nép.
Par contre bien joué pour la citation de Brassens, en toute honnèteté, j'ai cherché dans mes souvenirs et je n'ai pas trouvé de référence Brassens. Battu.
Il est très grand !
Cher Lobo,
"le droit incompressible à la licence poétique"
Ah oui !
"Le nép est grand. Vive le nép."
Ah oui !!! Y'a pas plus grand !
"Lobo valide les criteria."
Ben oui, moi aussi ! Je suis une pinailleuse invertébrée et impénitente. "Criteria" est donc bien le pluriel de "criterion", non ?
Mais où est Boubou??
En ouvrant ce bon vieux Félix, si vieux qu'il m'a fait éternuer trois fois,(Oui, mon Gaffiot il est très vieux parce que c'est dans l'imprimerie où mon arrière grand père était typographe qu'il a été imprimé tralalalalère..) et même si je n'ai pas fait de grec mais une khâgne classique, à la différence de la khâgne moderne filière pas moderne du tout pour mes parents non plus, et pour les mêmes raisons évoquées si dessus par Pat, donc d'après le Gaffiot criterium en latin vient du grec criterion mais veut dire "jugement". Il n'y a donc de toute façon aucun lien avec un stylet des temps modernes ou avec le fameux "criterium de judo d'Houlgate de 1986" où Charlotte avait remporté la médaille d'or des ceintures jaunes.
Boubou, viens éclairer notre lanterne, qu'est ce qui se passe avec les mots, si quelqu'un a fait du grec et du latin parmi nous tous, c'est quand même toi!!!!
Si Boubou ne répond pas, il faut écrire à Alain Rey, je ne vois que ça.
Je me permets quand même de revenir sur cette histoire de dico de trois kilos. La version sur CD n'était pas fournie avec?
Bises à tous!
Le spaghetto dans l'oeil
Criteria est le nominatif pluriel de criterion en grec ancien, c'est vrai, mais ce n'est pas le mot qu'utilise Vincent qui écrit français.
Criteria est le pluriel de criterium dans un français soutenu et vieili, c'est vrai, mais ce n'est pas le mot qu'utilise Vincent pour désigner un truc avec une gomme au bout.
Enfin, criteria est le pluriel de criterium, le mot qu'utilise Vincent, dans une superbe licence poétique, autorisée par l'analyse de la forme précédente. Une analogie poétique en quelque sorte.
Pour le reste, je m'en remets à l'arbitrage de Boubou.
Salut Charlotte.
Addendum
A force de multiplier les errata, vous me pousserez à multiplier les ultimatums.
Maximum, maxima... et porte-mines
Tout a été dit ou presque et je tiens notamment à saluer les commentaires étymologiques de Lobo, plus ou moins lumineux, mais tous très justes, et qui moi, m'ont beaucoup amusée...
Mais puisqu'un appel m'a été lancé, je me permets d'ajouter mon grain de sel :
Il se trouve, Patricia, qu'en matière d'accord, le français et en particulier le langage scientifique agissent avec les mots latins comme l'anglais avec les mots grecs (de manière moins systématique toutefois).
Criterium est ici le mot latin, le mot grec formé sur la même racine ayant une finale en -on (qui ne saurait être transformée en -um par la langue française). Et le pluriel latin - tout comme le pluriel grec, certes, mais ce dernier n'intervient pas ici - est criteria.
Et si album, pensum et quorum ont été francisés et font toujours leur pluriel en -ums, il est d'usage de dire des maxima, des errata, des addenda... ce qui me semble effectivement autoriser la licence poétique criteria...
Si toutefois vous souhaitez vous en tenir à la règle (ce qui n'est manifestement pas le souci du népalais et de ses articles merveilleusement fantaisistes), il semble que, devant le manque de logique entre pluriels latins ou francisés, il soit conseillé d'écrire des criteriums, et même des maximums, ou des erratums (sauf si votre directeur de thèse vous demande le contraire, mais cela ne concerne qu'un faible pourcentage des emplois!).
Il est enfin préférable d'utiliser la forme française (traduite), lorsque celle-ci existe et donc, en philosophie, d'utiliser critère plutôt que criterium/critérium (excusez-moi, je n'entrerai pas dans des considérations d'accent aujourd'hui) et de réserver le terme criterium aux concours sportifs dans lesquels Charlotte s'est toujours illustrée (puisque le français critère ne s'applique pas dans ce cas)!
Encore une remarque à ce sujet : le fameux "criterium d'Houlgate" est bien lié à son étymologie latine, Charlotte, puisqu'il s'agit bien d'un concours, d'un "jugement" permettant de classer et éliminer les candidats...
Et pour conclure sur la vanité de tout cela, j'ajouterai enfin que le Criterium qui encombra fort le népalais - étant un nom propre de marque (affiliée à Bic) - n'est en rien concerné par ces histoires de pluriel puisqu'il est invariable !! Eh oui, vous pouvez achetez dix Criterium, cent Frigidaire ou mille Peugeot sans vous encombrer de S...
La vie est belle, non??
PS: réjouissez-vous, je n'en peux plus et ne vous infligerai donc pas ce cours sur le pluriel de "porte-mines", le nom français de ce fameux Criterium...
Hum, hum, erratum
Okay, c'est bon je retire ce que j'ai dit de toute évidence soit je suis la seule personne saine d'esprit dans ce monde de fou soit c'est tout le contraire mais quand même...
killeuse?!!!!?!?
Dans la téce, fous la merde tout en restant scrédi
Et la ponctuation, la Fripouille, au lieu de foutre la merde ?
Flipbook
Flipbook
Le carnet de voyage de Patrick Leroy est un accessoire indispensable à la chasse au dahu. Il comprend un bloc-notes et deux folioscopes (flipbooks) où l'on peut enfin voir marcher le dahu comme dans un dessin animé.
Venez découvrir ce flipbook sur le site www.editionsdumont.fr
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=35084&pid=984893
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :



